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20 mai 2022 5 20 /05 /mai /2022 06:00

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afp.com/PHILIPPE WOJAZER

Et il y a eu un courant d'air… Et Patrick s'est éteint »

Jean-Michel Folon

 


CULTURE

Patrick Dewaere, le destin tragique de l’écorché vif du cinéma français ICI 

Aujourd’hui c’est « Adieu Poulet » 1975

 

Adieu poulet en DVD : Adieu poulet - AlloCiné

 

Pourquoi ce film ?

 

Dans la droite ligne de la dernière chronique relative à « Coup de tête » un film permettant d'approfondir tant soit peu la personnalité de Patrick Dewaere. Rassurez-vous n'est pas question de reprendre, même en nombre limité, l'un après l'autre, quelques-uns des 37 films de cet acteur exceptionnel. Celui d'aujourd'hui montrent l'amitié qui pouvait exister entre des acteurs quand ils savaient reconnaître l'un des grands d'entre eux et surtout que cela ne les inquiétait pas.

 

Quelle est l’histoire ?

 

Nous sommes à Rouen. En pleine campagne électorale. le commissaire Verjeat et les inspecteurs Lefèvre et Moitrier enquêtent dans une maison close : l'un des clients est mort en pleine extase. L’enquête n'a même pas commencé que la tenancière de la maison prévient qu'elle connaît nombre de personnalités importantes. Verjeat, vieux de la vieille à qui on ne la fait pas, comprend que cette enquête n'ira jamais très loin. Il est tard chacun rentre chez lui.

 

Moitrier par un message du Central est informé d’une rixe entre colleurs d’affiches. Il se rend sur les lieux où il a à peine le temps de constater qu'un colleur d'affiches vient d'être battu à mort par un malfrat, il se fait tirer dessus par ce voyou. Arrivé à l'hôpital, Moitrier confie à Lefèvre qu'il a reconnu dans son agresseur Antoine Portor, l'un des hommes de Pierre Lardatte, candidat à l'élection. Puis Moitrier meurt.

 

Le commissaire commence son enquête. Comme il se doit Lardatte dit être attristé par la nouvelle, mais ne pas connaître personnellement les membres de son service de sécurité.

 

Diverses péripéties font que tout cela arrive au grand jours en raison du barouf que fait le père du colleur d'affiches décédé.

 

Mis en cause publiquement, mais sans preuve décisive Lardatte se sent humilié. Usant de ses relations de notables il obtient la mutation immédiate, à Montpellier de Verjeat qui prépare aussitôt ses valises. Lardatte espère pouvoir reprendre paisiblement sa campagne électorale quand il est pris en otage par Portor. C’est Pignol qui a repris l'enquête en raison de la mutation de Verjeat qui tente la libération de Lardatte. Le criminel réclame Verjeat et refuse de discuter tant avec Pignol qu'avec Ledoux. Le contrôleur demande alors à Verjeat de parlementer avec Portor ; le commissaire l’envoi se faire foutre.se saisit du haut-parleur et dit : « Verjeat, il est à Montpellier, Verjeat ! » Puis il se tourne vers Lefèvre et le salue : « Adieu poulet… ». Entre-temps on aura assisté à un jeu de chaises musicales entre la justice, le parquet, le milieu, la police avec ses deux extrêmes l'efficacité d'un commissaire Verjeat ayant le sens de l'État d'un côté et est un petit carriériste trouillard, le commissaire Pignol aux ordres.

 

 

Réalisation

 

Pierre Granier-Deferre

 

Vingt-quatre films de qualité et presque autant de téléfilms en opposition avec la mode de son temps : « La Nouvelle Vague » du camarade Truffaut. Il est aussi vain de prétendre que le classicisme de l’un est supérieur au modernisme de l’autre que de prétendre que Mozart est supérieur à Beethoven.

 

Truffaut et Granier-Deferre, font partie de l’histoire du cinéma et on ne peut que se réjouir de sa diversité.

 

Le style « Granier-Deferre » avait ses supporters quand on voit les « pointures » qui jouaient dans ses films et/ou gravitaient autour de lui. ( Simone Signoret, Lino Ventura, Jean Gabin, Alain Delon ou Romy Schneider, Jean Louis Trintignant , Ingrid Thulin. ) Il a également tourné pour la télévision plusieurs épisodes de Maigret avec Bruno Cremer. 

 

Pierre Granier-Deferre pourrait être le fils spirituel de ceux auprès desquels il a appris le métier. En tant qu'assistant-réalisateur de Marcel Carné, mais aussi pendant un long moment en tant qu'assistant de Marcel Camus et de Jean-Paul Le Chanois.

 

Quand on aura précisé qu’il était le scénariste de tous ses films on comprendra que l’on est pas devant un cinéaste mineur car très exigeant.

 

Qui fait quoi ?

 

Le film du dimanche soir : “Adieu poulet”, duo épatant pour film précieux

 

Lino Ventura :          le commissaire principal Verjeat

 

Les lecteurs de Ciné papy savent à présent, à peu près tout de Lino Ventura. On se limitera à ses relations avec Dewaere.

 

La critique d’Adieu poulet (1975) dans Le Point qualifiant de « monstres sacrés » Dewaere autant que Lino Ventura, est flatteuse : « La rencontre Ventura-Dewaere restera dans les annales. Contre le vieux briscard, le poids coq tient crânement le coup : petit poulet deviendra grand »

 

Sa relation avec son partenaire à l'écran est très positive : Lino Ventura insiste même auprès de la production sur le fait qu'il ne soit pas cité seul en haut de l'affiche mais que la mention soit : « Lino Ventura et Patrick Dewaere dans Adieu poulet »

 

En juillet 1979, le chanteur et compositeur François Deguelt souhaite se lancer dans la production cinématographique. Il achève un scénario intitulé Mourir à Brest, en confie la réalisation à Bernard Farrel et propose les rôles-titres à Lino Ventura et Patrick Dewaere qui en ont accepté le principe, mais le film ne se fera pas.

 

Notons l’accord de principe alors que, en pleine gloire, les champions du box-office, Delon et Belmondo, ferment les portes à l’arrivée de Dewaere et Depardieu. Il ne se fera aucun film avec les anciens et les modernes.

 

Patrick Dewaere :            l'inspecteur Lefèvre

 

Pour faire simple, quelques citations de son entourage ou de lui-même.

 

        - Depardieu déclare lors d'une interview :

 

        « Avec Dewaere, c'est bien et c'est pas cher. Avec Depardieu, c'est plus cher et c'est pas mieux »

 

        - Bertrand Blier :

 

        « Patrick avait aussi ce problème-là : il a beaucoup souffert de l'ombre gigantesque de         Gérard. En fait, Gérard et lui n'étaient pas copains. Ils étaient plutôt comme deux   frères. Les frères, souvent, ça ne s'entend pas bien. Entre eux deux, c'était le bras de fer en permanence. Ils étaient très jaloux l'un de l'autre mais, à une époque, ils se partageaient le marché, ils se téléphonaient : « Si tu ne le fais pas, je le fais ». »

 

        - Dewaere sur lui-même :

 

        « Je ne serai jamais vieux, moi. On devient vieux à partir du moment où on a peur du         lendemain, c'est à ce moment-là qu'on devient vieux… J'essaierai de ne jamais avoir peur du lendemain »

 

        - François Chalais à propos de « Coup de tête » 1979

 

        Il écrit dans Le Figaro Magazine, que pour ce « ce petit film [qui] est un grand film »,     « Patrick Dewaere en est l'idéal interprète »

 

        et

 

  • Jean Rochereau dans La Croix commente : « Patrick Dewaere joue cela comme ce fut écrit, avec calme, décontraction, assurance et ce regard lointain des misanthropes qui      ne haïssent même plus les hommes tellement ils les méprisent, tout en s'apitoyant sur eux ».

       

 

        - Dewaere sur lui-même :

 

        « Moi, je crois encore à mon âge qu'on peut parler de choses désespérantes et qu'il faut    avoir le courage de les dire et [Sautet] est arrivé à un âge où il en a marre et il préfère    que les choses se passent bien et que tout soit beau ». (Faisant référence aux épreuves endurées dans la vie réelle en raison de ses addictions à la drogue)

 

        - Catherine Deneuve :

 

        Elle estime qu'il ne joue pas mais qu'il vit réellement les rôles qu'il incarne ajoutant : « C'est l'un des rares acteurs qui m'aient vraiment fait pleurer »

 

        - Dewaere à propos de lui-même et de Philippe Léotard :

 

        Léotard arrive épuisé chaque matin par ses excès nocturnes, Dewaere qui s'est mis intensément au sport pour se préparer physiquement à son prochain film, Édith et Marcel, dans lequel il interprète le boxeur Marcel Cerdan, lui avoue avec un ton         ironique : « Dans un an, tu auras tous mes rôles… Je serai mort »

 

        - Dewaere à propos de lui-même

 

        En février 1982, il confie à Marc Esposito : « Quand tu passes ta journée à faire des    gestes de quelqu'un qui est triste, eh bien quand tu rentres chez toi, t'es pas drôle, mon vieux ! T'as pris le pli ! Quand tu fais cinq films de suite où tu joues un paumé, tu finis     par être un paumé. Alors j'en ai marre ! »

 

        - Dewaere à propos de lui-même

 

        « Je veux faire peau neuve complètement et repartir à zéro. Mon passé, je ne le porte pas comme un panache mais je le traîne comme un boulet »

 

        - Jean-Michel Folon son ami

 

        « Patrick était une flamme. Une flamme, c'est fragile et ça peut s'éteindre au moindre courant d'air. Et il y a eu un courant d'air… Et Patrick s'est éteint »

 

 

 Victor Lanoux :                Pierre Lardatte

 

Victor Lanoux, est un acteur, producteur, scénariste et auteur de théâtre français,

Acteur populaire il a souvent des rôles bonhomme, populaire. On se souviendra de lui dans l’adorable « Cousin, cousine » 1975 avec Marie Christine Barrault, Marie France Pisier et Guy Marchand. Mais aussi « Un éléphant ça trompe énormément » réalisé par Yves Robert, et sorti en 1976 avec la joyeuse bande formée par Jean Rochefort, Claude Brasseur et Guy Bedos.

 

Il fut également le héros de la série télévisuelle à succès « Louis la Brocante »

 

Base de données de films français avec images

Julien Guiomar :             le contrôleur général Ledoux, le directeur de la police

 

Ciné papy ne saurait mieux parler de cet excellent acteur au vaste registre que lui consacre une partie de l’article le concernant. Julien Guiomar tourne deux films avec Philippe de Broca qui sait bien utiliser son côté extravagant. Son interprétation d'un colonel grec, chef de la gendarmerie, dans le film « Z » 1969 de Costa-Gavras est remarquable de brutalité, de même que ses personnages de « La Voie lactée » et de « La Fiancée du pirate », tournés la même année.

 

Ses rôles comiques vont de la fantaisie débridée : « La moutarde me monte au nez » en 1974, « L'Aile ou la Cuisse » 1976 (où il incarne l’infâme Jacques Tricatel), « Les Ringards » 1978, à des compositions pleines de subtilité dans « L'Incorrigible » 1975, aux côtés de Jean-Paul Belmondo).

 

Son activité théâtrale, exigeante, est toujours menée en parallèle de ses tournages.

 

ADIEU POULET – RueDuCine | Notations et Avis de Films

 

Pierre Tornade :               le commissaire Pignol

 

Il fut une grande figure des seconds rôles du cinéma français et du monde du doublage, grâce à son timbre de voix profond. De par sa stature imposante, il se voit fréquemment confier des rôles de militaire ou de policier. On se souviendra de ses rôles les plus marquants : le père de la victime dans « Dupont Lajoie », 1974 le capitaine Dumont dans la série des films « La 7e compagnie » et le commissaire Florimond Faroux dans la série télévisée « Nestor Burma »

 

ADIEU POULET

Claude Rich :                      le juge Delmesse

 

Un Grand Monsieur dans le monde des acteurs avec une classe folle dans l’interprétation des rôles qui lui étaient confiés et qu’il acceptait de jouer.

 

Ce n’est pas uniquement parce qu’il était né à Strasbourg qu’il figure au Panthéon des acteurs chéris de Ciné papy. On se reportera aux fiches déjà rédigées.

 

La présente fiche, est rédigée alors que vient de mourir Jacques Perrin avec lequel il partageait l’affiche dans « Le Crabe-tambour » 1976 de Pierre Schoendoerffer ( avec rediffusion à cette occasion, à la Télé. Cette disparition me coupe l’herbe sous le pied car une fiche sur ce film était en préparation.

 

Claude Brosset :               Antoine Portor (mort jeune à 63 ans)

 

Visage incontournable du cinéma français, il avait ce que l'on appelle dans le métier « une tronche ». Il tourne notamment avec Didier Bourdon et Bernard Campan, dans « Les Rois mages » 2001 ou avec Jean Dujardin dans OSS 117 : « Le Caire, nid d'espions » 2006

Il va jouer dans plus d'une centaine de films pour le cinéma et à la télévision, notamment dans les policiers de Jean-Paul Belmondo, dont il était l'ami.

 

Michel Peyrelon :            Roger Portor (mort jeune à 66 ans)

 

Encore une gueule qu’on ne peut oublier tant il apparaît, en second rôles, dans près de 80 films, presqu’autant de télé et/ou de pièce de théâtre.

 

C'est en tournant sous la direction d'Yves Boisset avec des films comme « RAS » 1973 ou « Dupont Lajoie » 1975, qu'il est remarqué. On le voit alors dans de nombreux rôles secondaires, où il interprète souvent des personnages antipathiques ou inquiétants.

 

Michel Beaune :               l'inspecteur Dupuy        (mort jeune à 63 ans)

 

En 1964, il décroche un petit rôle dans « Échappement libre » de Jean Becker, avec son ami Jean-Paul Belmondo, également parrain de sa fille Caroline Beaune. Les deux compères tournèrent dans une dizaine de films « Flic ou voyou » 1979 « Le Guignolo » 1980« Le Professionnel »1981 « Itinéraire d'un enfant gâté », 1988 etc... Sa carrière cinématographique fut essentiellement constituée de seconds rôles dans de grands films avec les plus grands artistes du cinéma français. Sachant que « Le Professionnel » est un des films les plus rediffusé à la télévision, vous mettrez facilement une tête sur celui  qui, ancien collègue de Joss  Beaumont, lui tend un piège en l’attirant dans son bel appartement. Piège auquel échappa ayant convoqué, presse, radio et télé pour assurer sa sortie.

 

Henri Attal :                       un homme de Lardatte (mort jeune à 67 ans)

 

Plus de 150 films dans lesquels il assumait seul ou avec son compère Dominique Zardi de nombreux seconds rôles.

 

Jacques Rispal :               Mercier                   (mort jeune à 62 ans)

 

Encore un second rôle reconnaissable avec sa calvitie dont le jeu et la présence ont fait qu’il a été recherché, pour ses quelques soixante-seize films tourné avec les plus grands cinéastes.

 

Dominique Zardi :          le blessé hospitalisé

 

Il faut encore que l’on vous présente l’excellent Dominique Zardi second rôle fétiche de beaucoup de cinéaste dont Claude Chabrol. On relit les fiches de Ciné papy SVP.

 

Valérie Mairesse :           la fille cocarde

 

Actrice de cinéma et de théâtre plus cataloguée dans les comédies.  A présent plus cantonnée à des seconds rôles plus ou moins importants Elle fait partie également de l’équipe des « Grosses Têtes » ou elle passe pour une gentille godiche avec beaucoup de conviction.

 

 

Sans oublier le scénariste.

 

Francis Veber, d'après « Adieu poulet ! », un roman de Raf Vallet.

 

Raf Vallet est un journaliste spécialiste des affaires judiciaire et un romancier, entre autres, de romans policiers dont beaucoup ont été portés à l'écran. « Le Pacha »,1968 avec Gabin « Les Bonnes Causes » 1963 avec Pierre Brasseur et Marina Vlady ( Voir fiche de Ciné papy) « Mort d'un pourri » 1977 réalisé par Georges Lautner avec Delon Stéphane Audran, Michel Aumont, Jean Bouise, Maurice Ronet et Ornella Muti.

 

A la lumière des adaptations de qualités qui ont été faites de ses ouvrages on ne peut recommander la lecture.

 

Et si pour une fois on parlait musique

 

Philippe Sarde

 

Nommé pour l’Oscars 1981 de la meilleure musique de film pour Tess, contrairement à ses petits camarades comme Georges Delerue ou Maurice Jarre Sarde ne fit qu’une carrière timide aux E.U. En revanche, grâce à son talent et son sens de l’amitié et de la fidélité il signa plus de cent quatre-vingt musiques de films réalisés par les grands metteurs en scène de 1970 à 2011 tel Claude Sautet, il va développer une collaboration très suivie avec certains cinéastes, dont André Téchiné, Jacques Doillon, Pierre Granier-Deferre, Georges Lautner, Marco Ferreri, Laurent Heynemann ou Bertrand Tavernier devenant pour certain le musicien fétiche.

 

Les bons moments

 

A chaque fois que l’on assiste aux stratagèmes de Lefèvre pour retarder le départ de Verjeat et leurs dénouements.

 

Quand en réponse à Lardatte menacé, le commissaire se saisit du haut-parleur de Pignol et dit : « Verjeat, il est à Montpellier, Verjeat ! » Puis il se tourne vers Lefèvre et le salue : « Adieu poulet… »

 

 

Pax

 

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19 mai 2022 4 19 /05 /mai /2022 06:00

 

 

Je n’ai vu aucune fumée blanche s’élever dans les airs de la rue de 9, Rue de la Grand'Velle à VOSNE-ROMANEE lorsque j’y suis allé partager le pain et le sel avec Claire et Jean-Yves ; de même, au temps préhistorique où je trainais mes guêtres sur les terres catalanes, à la recherche d’une issue de secours pour les VDN, et que je montais, avec la vieille auto qu’on m’avait allouée, sur les hauteurs du cirque de Vingrau, pour rencontrer Hervé Bizeul, alors inconnu des radars officiels, ébloui par la splendeur du lieu, dans l’ombre de sa maison je n’eus pas l’impression de découvrir un sorcier.

 

Le cirque de Vingrau (66) – Déclic en stock

 

« Dans la montée au-dessus de Rivesaltes, Raynaud tourne brusquement à droite et s'enfonce dans la sauvagerie sublime qui bouleverse son passager. En résonance avec ce paysage méditerranéen, l'enfant né à Perpignan retrouve la marque de son identité fondatrice, se reconnaît ici une place : « Croyez-vous que cette parcelle soit à vendre ? » s'entend dire Bizeul surpris de sa demande. « Elle l'est. » répond Raynaud. Un petit jardin de vigne, 35 ares d'enchantement encadrés de murets, au milieu des genévriers, des amandiers en fleurs plantés ici et là sur une « sarrat », ces vallées transversales catalanes dominées par les masses de carbonate de calcium, roche mère plus pure que le marbre de Carrare. » ICI

 

Dans ma longue, trop longue, vie de blogueur, mes relations avec HB connurent des hauts et des bas pour atteindre le calme plat, alors qu’avec JYB nous partageons, pas toujours, la même vision du monde en général, et du monde du vin en particulier.

 

Frédérique Michalak dans l’Indépendant s’extasie : un vin du Clos des Fées s'échange jusqu'à 2 500 euros la bouteille

ICI 

 

Le Clos des Fées 100 Phrases pour Eventails 2020 - Le Clos Privé

 

Le viticulteur catalan Hervé Bizeul, sorcier du Clos des Fées, est le co-auteur, avec le Bourguignon Jean-Yves Bizot, d’un vin exceptionnel produit à 1 200 bouteilles, dont certaines s'échangent 2 500 euros.

 

« C’est un épiphénomène, ça ne veut rien dire". Face à l’envolée stratosphérique du prix de ces 75 cl de Pinot noir, Hervé Bizeul, heureux propriétaire du domaine Clos des Fées, veut recentrer sur l’essentiel à ses yeux: lhistoire dhommes derrière « 100 phrases pour éventails », du nom dun recueil dhaïkus signé Paul Claudel. ICI

 

Du Pinot noir dans le Roussillon

 

« Ce vin est né d’une envie de planter du Pinot noir sur un endroit très particulier, j’ai essayé entre Tautavel et Paziols où on faisait les meilleurs vins avant les arrachages, raconte-t-il. Je correspondais avec Jean-Yves Bizot (le pape de Vosne-Romanée-NDLR), je sais comment il travaille, boire un de ses vins donne une émotion incroyable ».

 

Le Bourguignon fait le déplacement: « Il est émerveillé par l’endroit et on décide de faire quelque chose ensemble. Quand on a partagé la première bouteille, on l’a trouvée aussi bonne qu’un Vosne-Romanée, alors on le vend au même prix, 360 euros, puis ça m’a échappé, je ne sais pas l’expliquer, le vin est très bon bien sûr et sur 1 200 bouteilles, il n’y en a qu’une dizaine spéculées à 2 500 euros. Pour moi, ce prix ne veut pas dire grand-chose, mais ce vin, oui. Et là, c’est comme être en finale des Jeux Olympiques, le performeur en moi se dit: « Quest-ce que j’ai eu raison de planter cette parcelle! ».

L’effet BIZOT pratiquer le « non-agir »

 

« ... j’ai pris ma voiture et j’ai fait le pèlerinage vers la rue Grand’Velle, vers sa cave d’une modestie de moine, à la découverte de sa façon de faire, qui est en fait plus une façon de ne rien faire. »

 

« En conduisant, sur la longue route qui sépare Beaune de Vingrau, j’ai décidé de suivre un instinct puissant, cet étrange fait « d’être certain de savoir une chose sans avoir aucune idée de pourquoi on le sait ». Une intuition est parait-il un raisonnement inconscient et celui-ci me hurlait que qu’il fallait que je mette mes pas dans les siens. J’ai acheté une cuve bois, quelques pièces de chez Rousseau puis, à vrai dire, je l’ai surtout sollicité pour qu’il me calme à des moments où, devant ma cuve, je pensais tout perdre et où il m’a, rieur, convaincu que faire des grands pinots, c’était, étrangement, pratiquer le « non-agir ». Cuve bois, pièces neuves de qualité au bois séché juste ce qu’il faut, vendange entière, sans soufre, l’alliance de son expérience et de mes pinots noirs de coteaux, plantés en 2012 et donc entrant dans l’adolescence a fait jaillir quelque chose, comme le choc du silex et de la pyrite donne naissance au feu. 

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18 mai 2022 3 18 /05 /mai /2022 06:00

 

Nous avons à nouveau une femme 1ière Ministre, plus de 30 ans après Edith Cresson – j’étais au 78 rue de Varenne et j’ai vécu cette période en première ligne, pas simple – désolé pour Catherine Vautrin, mes réflexions auprès d’Emmanuel Macron lui ont fait rater le coche, je plaisante. Bref, puisque notre polytechnicienne de Ministre, Elisabeth Borne, a passé du temps à s’occuper de transport, SNCF, RATP, j’ai retrouvé dans mes archives un petit livre une nouvelle : l’homme orange/ou comment séduire quand on est dans un RER tous les matins à la même heure.... 7h12

 

Une jeune femme entre

 

Depuis 10 ans je fais le même trajet, Hérouville/Stains. Je prends le train de 7h12.

 

Depuis 10 ans je me dis que la vie doit être ailleurs. Mais bon.

 

Je croise toujours les mêmes personnes.

 

On ne se dit jamais bonjour.

 

Je trouve ça plutôt bien.

 

Un temps

 

Je passe environ deux heures avec des gens que je reconnais mais que je ne connaitrai jamais. Une grande majorité lit, essentiellement des revues et des magazines de télé, certains sont plongés dans les affres des mots croisés, fléchés… je déteste ça.

 

Moi, dans un train, je ne peux rien faire d’autre que de rêver.

 

J’imagine la vie des gens. Je les observe.

 

Depuis 6 mois, il y a un type qui me plaît.

 

Séduire à 7 heures du matin, il faut se coucher tôt.

 

J’ai tout fait. Une tenue nouvelle par jour. Des coiffures différentes ; je suis passée du blond platine au roux flamboyant. J’ai essayé tous les parfums de la terre. Je lui ai écrasé les pieds. Je l’ai bousculé. Rien.

 

C’est long 6 mois.

 

Un temps

 

Il fallait que je trouve quelque chose de plus subtil ou de plus original.

 

Un temps

 

Un lundi soir, j’ai eu une idée.

 

J’ai décidé de faire une sorte d’inventaire par écrit.

 

Dans un petit carnet vert pomme.

 

Ça commençait comme ça :

 

Il en va des hommes comme des fruits.

 

Raoul était un homme banane. Lourd à digérer. Sa chair blanchâtre était recouverte d’une peau constellée de dizaines de grains de beauté. (…)Quand enfin je les ai eu comptés, je l’ai quitté. La banane est un fruit à consommer tout de suite, sinon il se gâte. Aussitôt cueilli, aussitôt avalé. Avoir un homme banane en guise de mari c’est idéal. J’avais cru comprendre que sa femme l’adorait. Pensez, un homme consommable de suite ! Le côté toujours prêt de l’homme banane peut plaire comme amant c’est étouffant. Trop nourrissant. Un bon amant ne doit pas être une repas complet. Il doit nous laisser sur notre faim. L’homme banane s’est décomposé lorsque je lui ai fait part de mon écœurement, voire même de mon indigestion.

 

 

L’homme poire est plus subtil. Il n'a qu'un défaut, sa peau. La peau d'une poire est rugueuse, elle n'a pas de goût. Elle râpe le palais. Moi qui aime tant mordiller chaque centimètre de leur peau. Là, non rien à faire même après avoir passé mes mains chiffon-soyeux sur tout son corps. Je ne réussissais pas à déguster le meilleur de lui-même. J'étais certaine pourtant que c'était un homme moelleux à l'intérieur…Je ne parvenais pas à dévorer sa carapace. Il gardait le meilleur pour sa femme. À sa maîtresse il se donnait avec la peau. Impossible de faire en sorte qu'il se déshabille. On a beau aimer n'être aimée que de 5 à 7, ils nous doivent un minimum celui d'ôter leurs oripeaux. Jacques était une de ces poires qui ravissait l’œil, rafraichissant mettant l'eau à la bouche. Il ne donnait pas tout de lui. (...). Je ne l'ai pas croqué, juste effleuré. Je l'ai quitté. Il est tombé de haut. C'était un homme mûr.

 

L'homme coing est immangeable. Il faut le faire cuire très longtemps. C'est un célibataire endurci. Il ne peut s'entendre qu'avec une femme coing. Je n'en suis pas. Pas encore, du moins.

 

Il existe tout un tas de fruits exotiques : mangue, papaye, kaki... Je ne voyage jamais. Donc.

 

L’homme melon est bon. Il se trouve facilement en période de vacances. J'en consomme régulièrement l'été. Seulement une fois avalé, dévoré, croqué, il n'en reste rien. Un vague souvenir. C'est un homme déliquescent. Un goût d'eau sucrée. C'est une petite entrée, un quatre heures qui ne laisse pas de traces. Une petite poire pour la soif. Je n'ai aucun souvenir des noms de cette espèce.

 

L’homme litchi est asiatique. Petit avec un gros noyau.

 

L’homme cerise. Ha ! L’homme cerise est un Don Juan. Et Don Juan c'est moi. Quand un Don Juan en jupons rencontre un homme cerise c'est la porte ouverte à la souffrance. Je le sais et pourtant je ne résiste pas à l'envie de m'en empiffrer jusqu'à l'aube. Comment ne pas avoir envie de manger les cerises par poignée, pour les sentir craquer sous la langue et faire rouler les noyaux contre la paroi des joues. La cerise est un fruit qui tâche. J'ai dû jeter mon corsage blanc tant il était souillé. Je n'ai jamais pu le "ravoir". Je ne mangerais plus d'homme cerise, c’est trop dangereux. Ce sont les hommes tentants qu'on n'a pas le temps de quitter. Ils vous quittent avant. Les chagrins d'amour me font grossir. J'évite.

 

 

L’homme orange n’aime que les garçons. Les garçons clémentine.

 

 

L'homme abricot a été bon. Musclé, ferme tendre et sucré juste ce qu'il faut. D'une telle couleur orangée, constellée de petites étoiles dorées sur les épaules, dans le dos. Il vieillit mal l'homme abricot. C'était un amour de jeunesse. Aujourd'hui il a grossi, il est farineux. Il n'y a plus de bons abricots. Jeunes ils étaient succulents. Ils ont pris du poids dans la vie, leur situation est stable au détriment de leur saveur.

 

Les meilleurs abricots que j'ai jamais mangés étaient ceux du verger de ma grand-mère à droite de la petite cabane.

La petite cabane.

Antoine.

L'abricotier.

16 ans.

 

Un temps

 

L’homme ananas vient des îles. Pour moi c’est trop un ananas entier. Si j’y goûte de temps en temps c’est parce que je suis invitée chez des amis. À plusieurs on peut en venir à bout. Je n’aime pas trop partager. Donc c’est l’occasion et encore.

 

Tous ces fruits sont hélas accessibles au plus grand nombre. J'ai goûté à chaque espèce de la corbeille et je me rends bien compte que celui que je cherche est ailleurs, caché quelque part. Sûrement pas à l'étalage du marché mais plutôt dans un train. Celui que je cherche est défendu. La petite cerise sur le gâteau. J'avais dit plus de cerise !

 

Un temps

 

Où se trouve-t-il celui qui donne l'eau à la bouche, qui fait mourir d’envie, de désir ? Celui-là même qui vous donne des ailes, vous coupe l'appétit. Ce fruit qui vous fait fondre, qui vous fait passer de la taille 40 à un 36 fillette.

 

Ce fruit qui vous fait traverser Paris en disant :"Que c'est chouette le métro ! Les gens si laids d'habitude sont presque beaux transparents ou absents, c'est selon."

Ce fruit d'amour qui me jettera dans tes bras essoufflée, timide, la gorge sèche, des fourmis dans le bas du ventre ; la première morsure sur tes lèvres sanguines aura le goût unique de l'amour.

 

Je t'aime comme je te mange.

Je te mange comme je t'aime.

 

Un temps

 

Je me suis relue plusieurs fois. J'ai refermé le petit carnet.

Je n'ai pas dormi de la nuit.

Le lendemain matin j'ai attrapé le 7h12, in extremis. Mon fruit défendu était là. Je me suis assise à côté de lui. Je suis descendue à Stains, comme d'habitude en prenant bien soin de laisser mon petit carnet sur le siège.

Forcément il le verrait.

Forcément il le lirait.

Forcément.

 

Les 24 heures qui ont suivi furent terribles. Je ne voulais plus prendre ce train. Je me sentais ridicule.

Qu'allait-il penser de moi ?

"Cette fille est une mangeuse d'hommes. Elle couche avec la terre entière." J’entends les insultes.

 

Un temps

 

Je suis arrivée sur le quai très en avance. Il faisait un temps de chien. On se serait cru dans un film de Ken Loach. J'étais très calme. Je m'étais fait tous les scénarios possibles. Sauf celui-là.

 

 

Un temps

 

Je l'ai vu. J'étais de moins en moins calme. Il est venu vers moi. Là, j'ai cru que j'allais mourir. Il m'a parlé.

-Vous n'auriez pas perdu un petit carnet hier ? Un petit carnet vert pomme.

-Non.

-Non ? C'est dommage.

-Enfin si. Oui. Non. Ça dépend il était comment ?

-Je l'ai ramené. Tenez.

Il l'a sorti de sa poche. Cet homme était beau souriant. Je ne l'avais jamais vu aussi décontracté.

-Ah, oui le petit carnet...

-Vert pomme.

-Vert Pomme. Ah ben, c'est le mien.

-Je suis très curieux, j'ai lu ce que vous avez écrit. Ça nous a beaucoup plu.

Nous ? J'avais bien entendu nous.

-Tant mieux.

J'ai dit tant mieux mais je pensais tant pis. Ce n'était plus un film de Ken Loach mais un mauvais téléfilm. Je devais être pâle parce qu'il a continué à me parler très gentiment. Je ne l'entendais plus. Et puis il a ouvert le carnet, il a lu une phrase :

L’homme orange n’aime que les garçons.

Le train est arrivé en faisant hurler ses freins sur les rails mouillés. Je n'ai pas voulu monter.

Lui ne voulait pas le rater.

Je suis restée là. Assez seule. Assez triste. Toute petite. C'est toujours mélancolique un train qui s'éloigne. Surtout si dans ce train vous avez laissé partir celui que vous appeliez avant de le connaître : votre fruit défendu. "

 

Lise Martin ICI 

 

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17 mai 2022 2 17 /05 /mai /2022 06:00

Le 13 juillet 2020 j’écrivais

 

Je viens de terminer un superbe roman Les patients du docteur Garcia d’Almudena Grandes chez JC Lattès

 

 Une guerre interminable

 

 C’est un travail titanesque auquel s’astreint Almudena Grandes depuis dix ans et la parution d’Inés et la joie, premier tome d’une série intitulée Épisodes d’une guerre interminable, qui au final devrait comporter 6 volumes. Le cinquième vient de paraître en Espagne alors qu’en France Lattès a enfin publié le précédent, Les patients du docteur Garcia.

 

13 juillet 2020

Grâce à Almudena Grandes, les « perdants » de la guerre d’Espagne le Dr Garcia et le diplomate républicain, Manolo Benitez se retrouvent le 30/12/1976 à l’aéroport de Barajas, Franco, le caudillo, est mort voilà 1 an ICI 

 

« Les secrets de Ciempozuelos » est donc le cinquième roman de la grande fresque sur l'époque franquiste qu’Almudena Grandes devait parachever avec un sixième et dernier volet. Devait, oui, malheureusement, parce que la grande écrivaine espagnole est décédée le 27 novembre 2021. Quelle tristesse qu'elle n'ait pu achever son œuvre et quels sentiments contrastés se bousculent inévitablement pendant la lecture de ce qui restera son ultime roman. »

 

« Les secrets de Ciempozuelos » s'impose comme le digne successeur des 4 premiers opus de la série orchestrée par Almudena Grandes. « C'est le portrait terrible d'une Espagne isolée du reste de l'Europe, encore marquée la haine entre les deux camps de la guerre et sous le joug d'un pouvoir obscurantiste dans une société figée et sinistre. Dans une atmosphère aussi délétère, l'humanité qui coule dans les veines de deux de ses héros (Germán et María), combattants contre l'ombre, avec leurs faibles moyens, est la source de lumière qui rend le livre tellement attachant et émouvant. Le testament littéraire d'Almudena ne pouvait être autre. »

 

Les secrets de Ciempozuelos - broché - Almudena Grandes - Achat Livre ou  ebook | fnac

 

D’après sa traductrice Anne Plantagenet, « c’est le roman le plus fort, le plus dense, le plus abouti, plein de l’énergie de l’engagement féministe et républicain qui caractérisaient son autrice ».

La mort de l’écrivaine espagnole Almudena Grandes

Très populaire dans son pays, républicaine convaincue, elle avait dans ses romans porté la voix de femmes vivant dans l’Espagne de l’après-Franco. La guerre civile et le franquisme furent aussi au centre de son œuvre. Elle est décédée le 27 novembre, à l’âge de 61 ans.

 

Par Ariane Singer(Collaboratrice du « Monde des livres »)

Publié le 02 décembre 2021 

 

Des centaines de personnes se sont rendues spontanément, lundi 29 novembre, un livre à la main, au cimetière civil de Madrid où la romancière Almudena Grandes, morte deux jours plus tôt d’un cancer à l’âge de 61 ans, a été enterrée. Aux côtés de cette foule d’anonymes, de nombreuses personnalités politiques et artistiques étaient également présentes, du chef socialiste du gouvernement, Pedro Sanchez, au cinéaste Pedro Almodovar en passant par l’écrivain Luis Landero et l’artiste vedette de la chanson et du cinéma Ana Belén.

 

Née le 7 mai 1960 à Madrid, l’écrivaine, autrice d’une quinzaine de livres, jouissait dans son pays d’une immense popularité que certains ont pu comparer à celle de José Saramago au Portugal, même si l’accueil de son œuvre par les institutions littéraires y était plus réservé. Narratrice de talent, écrivaine prolifique, cette inconditionnelle du club de football de l’Atlético incarnait pour beaucoup la figure d’une femme forte et engagée à gauche, « très rouge », comme elle aimait se proclamer.

 

Almudena Grandes, qui avait grandi sous la dictature franquiste, avait pleinement vécu la « movida » madrilène, ce mouvement culturel apparu quelques années après la mort de la mort de Franco en 1975.

 

Des personnages de femmes décomplexées

 

De cette tranche de vie, marquée par une libération des mœurs et des consciences, elle avait tiré son premier livre, paru en 1989, Les Vies de Loulou (Albin Michel, 1990), un roman érotique devenu best-seller, traduit dans une vingtaine de langues. Elle y racontait les amours et fantasmes d’une femme à deux âges de sa vie (15 et 30 ans), creusant avec une liberté alors inédite en Espagne le thème du désir féminin. Adapté l’année suivante au cinéma par le réalisateur Bigas Luna, il lui avait permis d’abandonner son travail comme rédactrice d’articles encyclopédiques pour se consacrer à l’écriture.

 

D’autres personnages de femmes décomplexées viendront nourrir ses livres suivants, telles la protagoniste adolescente de Malena c’est un nom de tango (Plon, 1996) avec lequel elle confortera son succès, et les héroïnes de Atlas de géographie humaine (Grasset, 2000), exposant leurs rêves, leurs passions et leurs déceptions.

 

Mais plus que la sphère intime, l’histoire de l’Espagne contemporaine fut la vraie passion de la romancière, à laquelle elle consacra l’essentiel de son travail. Abordés dans Vents contraires (Grasset, 2003), les thèmes de la guerre civile et du franquisme ont été la grande affaire du roman Le Cœur glacé (JC Lattès, 2008), point d’inflexion dans l’œuvre de l’écrivaine. Sur près de mille pages, couvrant trois générations, elle y met en scène deux personnages issus de familles de bords opposés – l’une phalangiste, ayant prospéré sous le franquisme, l’autre républicaine, exilée en France, dépossédée de tout –, tombant amoureux l’un de l’autre.

 

Six romans sur l’après-guerre civile

 

Cette œuvre monumentale, qui avait mené cette diplômée en histoire et en géographie à se plonger dans une abondante documentation, allait être les prémices de son grand projet romanesque : Episodes d’une guerre interminable, une série de six romans sur l’après-guerre civile, se déroulant entre 1939 et 1964, mais dont elle n’avait pu achever le dernier volume. Commencée avec Inès et la joie (JC Lattès, 2012), qui retraçait l’invasion ratée du val d’Aran en 1944 par des guérilleros venus de France, cette fresque écrite du point de vue des perdants, et mêlant personnages réels et fictifs, avait valu à l’autrice le Prix national de littérature narrative chez elle en 2018, pour son quatrième volet, Les Patients du docteur Garcia (JC Lattès, 2020).

 

Républicaine convaincue, Almudena Grandes regrettait que l’Espagne ait trop vite voulu tourner la page du franquisme, sans faire un nécessaire travail de mémoire. « Je suis convaincue qu’un grand nombre de crises qui secouent aujourd’hui l’Espagne ont à voir avec l’amnésie qu’on a imposée lors de la transition démocratique », disait-elle dans un entretien en 2018 au journal El Comercio. Ses livres, comme les chroniques qu’elle tint jusqu’à très récemment dans le quotidien El Pais, se sont chargés de réparer cet oubli.

 

Almudena Grandes en quelques dates

 

7 mai 1960 Naissance à Madrid

 

1990 Publie « Les Vies de Loulou »

 

2008 « Le Cœur glacé »

 

2020 « Les Patients du docteur Garcia »

 

27 novembre 2021 Mort à Madrid

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16 mai 2022 1 16 /05 /mai /2022 06:00

photo  teresa berganza photographiée le 20 août 2013 à santander, en espagne.

© Alberto Aja / EPA/MAXPPP

J’ai un faible pour l’opéra.

1 mars 2007

Pépé aimait l'opéra ICI 

 

J’ai un faible pour les cantatrices.

24 février 2021

L’amour de Maria Callas : Aristote Onassis et les arias de la Callas La Traviata, Norma, Madame Butterfly, Lucia di Lammermoor… ICI 

 

J’ai un faible pour CARMEN de Bizet

 

Mes gamins de 6e au collège de Pouzauges je leur ai fait aimer la musique classique avec Carmen de Bizet.

 

Ce fut mon premier job alors que j’entamais ma seconde année de droit à Nantes.

Voulais avoir quelques sous, être indépendant et acheter la 2 CV du curé-doyen.

 

Celui-ci m’a aidé, nous sommes allés à la Roche-sur-Yon au siège de l’enseignement catholique tout puissant dans cette contrée dominée par les nobles et les curés.

 

 On m’a demandé de produire mon certificat de baptême, que j’avais, et mon passé brillant d’enfant de chœur m’a permis de décrocher un poste à mi-temps au CEG de Pouzauges.

 

Pouzauges la patrie de Fleury-Michon, mon début de carrière sera marqué par le cochon puisqu’ensuite il sera le sujet de mon doctorat de droit.

 

 1967.

J’avais 18 ans.

 

 

La paye 700 francs par mois, pour arrondir mon maigre pécule je faisais aussi des vacations à la cantine et sur la cour de récréation : le pion quoi.

 

 

Bouche-trou : histoire-géo, dessin et musique… en 6e.

La cantatrice espagnole Teresa Berganza, inoubliable « Carmen », est morte

 

Idéale dans Mozart et Rossini, la grande cantatrice s’est éteinte le 13 mai, à l’âge de 89 ans, dans sa ville natale de Madrid.

 

Par Marie-Aude Roux

 

Elle fut la « Carmen du siècle » de Karajan, l’interprète idéale de Mozart et Rossini : la grande mezzo-soprano espagnole Teresa Berganza s’est éteinte dans sa ville natale de Madrid le 13 mai, à l’âge de 89 ans. Aix-en-Provence l’avait découverte à l’été 1957, voix plus insolemment veloutée que le ciel nocturne, jeune femme de 24 ans qui allait devenir l’une des cantatrices préférées des mélomanes français.

 

Née dans la capitale espagnole le 16 mars 1933, la petite Teresa est tôt sensibilisée à la musique (solfège et piano) avant de poursuivre des études complètes au conservatoire. Une enfance merveilleuse, dans une famille dont le mot d’ordre est l’amour. Ses premiers souvenirs, la guerre finie, chevauchent les épaules paternelles, « pour mieux écouter la Banda municipale des dimanches » comme elle l’avait raconté au Monde en 2005. « On y jouait Mozart, Beethoven, Wagner. Chaque semaine, on allait aussi dans une des salles du Prado. Mon père nous expliquait l’histoire de l’art en mêlant le vrai et le fantastique. Il nous lisait Alexandre Dumas, Victor Hugo, Cervantès, les Russes… C’était un homme de gauche. Il avait fait un an de prison et maman s’était mise aux travaux de couture pour nous élever, mon frère, ma sœur et moi. Mais on était heureux. »

 

Dès l’âge de 8 ans, elle est initiée au chant par Lola Rodriguez Aragon (une élève de la cantatrice allemande Elisabeth Schumann), qui la forme au répertoire mozartien et rossinien. La jeune fille possède une voix exceptionnelle, dont l’amplitude couvre les tessitures de mezzo et de soprano. Elle possède le meilleur : la rondeur pleine de l’une, la virtuosité de l’autre, capable d’atteindre sans effort le contre-mi bémol. C’est en février 1957 que Teresa Berganza fait ses débuts, en concert, à Madrid puis au Théâtre des Champs-Elysées, à Paris.

 

Coup de foudre à Aix-en-Provence

 

1957, une année faste qui verra la jeune cantatrice s’envoler vers l’Italie, enchaîner les rôles, tournant notamment pour la télévision une rossinienne Isabella dans L’Italienne à Alger (DVD paru chez Hardy Classic) avant de faire ses premières armes à Aix-en-Provence dans les habits de la sensuelle Dorabella du Cosi fan tutte de Mozart sous la direction d’Hans Rosbaud. Coup de foudre réciproque entre la cantatrice et le grand festival, qui en fera l’une de ses figures aux côtés de Teresa Stich-Randall, Luigi Alva, Rolando Panerai et Gabriel Bacquier. Sur la scène du Théâtre de l’Archevêché, la jeune femme écrit l’histoire mozartienne d’Aix – Cosi fan tutte (1957, 1961, 1965), Les Noces de Figaro (1960, 1962, 1964). Mais se fait aussi rossinienne dans Le Barbier de Séville (1958, 1965), monteverdienne dans L’Incoronazione di Poppea (1961, 1964), sans oublier Dido and Aeneas de Purcell (1960, 1961).

 

En 1958, Teresa Berganza débute à Milan (Piccola Scala) puis à Covent Garden, à Londres, dans le rôle travesti d’Isolier, page du pétulant Comte Ory de Rossini tandis que Mozart et son « Cherubino d’amore » (Les Noces de Figaro) la propulsent sur les scènes de Glyndebourne (1958), de la Staatsoper de Vienne (1959), avant, une décennie plus tard, le Metropolitan Opera de New York (1967) puis le Festival de Salzbourg (1972) et enfin l’Opéra de Paris (1973). Pendant deux décennies, ces quelques rôles, auxquels il convient d’ajouter l’Angelina de La Cenerentola de Rossini, abordé dès 1958 à Naples, vont constituer le cœur du répertoire « berganzien », sous la direction des chefs les plus en vue – de Karl Böhm à Claudio Abbado, en passant par Herbert von Karajan, Georg Solti, Carlo Maria Giulini – dans les mises en scène mythiques de Giorgio Strehler ou Jean-Pierre Ponnelle.

 

Loin des « habaneras » frelatées et des espagnolades de bazar, Teresa Berganza incarne une Carmen passionnée mais d’une grande noblesse

 

Il faudra cependant attendre 1977 pour que, à 44 ans, la grande mezzo accepte le rôle qu’on lui réclame depuis toujours et qu’elle n’a eu de cesse de refuser, ne le jugeant pas pour elle : Carmen. La première a lieu au Festival d’Edimbourg sous la direction d’Abbado. Des débuts aussitôt captés en studio par Deutsche Grammophon. Loin des « habaneras » frelatées et des espagnolades de bazar, Teresa Berganza incarne une cigarière passionnée mais d’une grande noblesse, pour mieux dessiner une femme indépendante, sûre d’elle et de ses désirs.

 

Commencent alors deux décennies de Carmen, notamment à Paris (Opéra-Comique en 1980, Bercy en 1989). La mezzo aborde certes Haendel – le chevalier Ruggiero dans Alcina à Aix (après l’avoir enregistré en 1962 pour Decca), le rôle-titre de Rinaldo –, incarne la romantique Charlotte du Werther de Massenet, confie au disque une vivifiante Périchole d’Offenbach (avec Michel Plasson, EMI/Warner Classics), meurt avec Suzuki dans Madame Butterfly de Puccini. Mais c’est la gitane qui fait chavirer le public. D’autant plus que le Don Giovanni de Mozart tourné en 1979 par Joseph Losey a métamorphosé la vive et brune Zerlina en vedette de cinéma.

 

En 1992, c’est encore dans Carmen que Teresa Berganza fera ses adieux au théâtre de la Maestranza à Séville. Après trente-cinq ans passés à courir le monde, la mezzo s’adonne plus volontiers au récital de mélodies, ambassadrice naturelle du répertoire espagnol (Falla, Granados, Turina) mais aussi de Schumann, Ravel et Moussorgski. Tout en se retirant peu à peu, elle continue à dispenser des classes de maître, participant à des émissions de radio ou des jurys de concours.

 

Une vie simple, presque retirée

 

La cantatrice avait été mariée deux fois. La première, avec le pianiste Felix Lavilla, qui l’accompagne notamment dans les Seis canciones castellanas de Guridi (Decca) et dont elle divorcera en 1979 après une tentative de suicide. Son second mariage se solde par un divorce en 1995. Elle vit alors dans sa maison face au monastère de San Lorenzo de L’Escurial. Une vie très simple, presque retirée. « J’aime la nature, le silence. Je ne savais pas que la solitude pouvait être une telle joie. Je vis pour la musique, pour ma famille, pour les amis », disait-elle encore en 2005.

 

Nous restera en mémoire un beau visage au regard noir, rieur et séducteur, une énergie communicative et un legs discographique important. Au tournant des années 1950-1960, Teresa Berganza avait enregistré Les Noces de Figaro avec Otto Klemperer, puis Daniel Barenboïm (EMI/Warner Classics), Cosi fan tutte avec Georg Solti, et La Clemenza di Tito avec Istvan Kertesz (Decca). Toujours pour Decca, de Rossini Le Barbier de Séville et L’Italienne à Alger avec Silvio Varviso, puis pour Deutsche Grammophon, à nouveau un Barbier ainsi que La Cenerentola, tous deux avec Claudio Abbado, deux gravures toujours au sommet de la discographie depuis leur sortie en 1972.

 

« A 60 ans, il faut commencer à se préparer à accepter de vieillir car sinon on s’étonne de tout, d’avoir mal ici, de souffrir de ça. A partir de 70 ans, il faut se préparer à la mort », disait la grande dame qui s’y employait en faisant du yoga, en lisant des textes religieux ou philosophiques, en vivant pleinement son bonheur d’être en vie. « J’ai fait mon testament, je veux être incinérée puis enterrée près d’un arbre dans le monastère de San Lorenzo de l’Escurial. Je n’ai pas peur. »

 

Teresa Berganza en quelques dates

 

16 mars 1933 Naissance à Madrid

 

1957 Débuts à Aix-en-Provence dans Cosi fan tutte

 

1958 Débuts à La Scala de Milan puis à la Royal Opera House de Covent Garden, à Londres dans Le Barbier de Séville

 

1967 Débuts au Metropolitan Opera de New York

 

1973 Débuts à l’Opéra de Paris

 

1977 Première Carmen au Festival d’Edimbourg

 

1979 Tourne dans le Don Giovanni de Joseph Losey

 

1992 Fait ses adieux à la Maestranza de Séville

 

13 mai 2022 Mort à Madrid

 

ENTRETIEN AVEC TERESA BERGANZA « Ma Carmen ? une vraie femme libre et fière »

 

Ce vendredi soir 9 mai, l'Opéra - Comique accueille la Carmen du Festival d'Édimbourg, mise en scène par Piero Faggioni, dans des décors d'Ezio Frigerio. Il n'y manquera que Claudio Abbado et l'Orchestre symphonique de Londres, dont l'absence a fait couler beaucoup d'encre (le Monde des 17,18 et 25 janvier), et qui seront remplacés par l'orchestre de l'Opéra dirigé par Pierre Dervaux. En tête de la distribution : Placido Domingo, Katia Ricciarelli, Ruggero Raimondi et, bien sûr, la Carmen que tout le monde attend, Teresa Berganza. (Retransmission par Antenne 2 et France-Musique le 15 mai.)

Par JACQUES LONCHAMPT.

Publié le 10 mai 1980

 

Carmen habite un vénérable palace au milieu d'une forêt royale... Ce n'est pas le repère qu'on imagine pour la gitane de Séville, mais Teresa Berganza est venue y panser ses blessures, l'entorse qu'elle s'est faite sur la scène de l'Opéra-Comique (" Une fière Espagnole ne peut tout de même pas regarder où elle met les pieds ! "), et surtout cuver l'immense fatigue nerveuse de la répétition générale. " Sans Don José, précise-t-elle. C'est Faggioni qui m'a donné la réplique, et il a une telle force intérieure, une telle vérité et une autorité si fascinante que je n'ai jamais été Carmen comme hier ; mais il m'a brisée ! "

 

Les disputes de " paternité " autour du spectacle l'agacent : " J'entends parler de la Carmen d'Abbado, de la Carmen de Faggioni, voire de celle de Berganza, mais c'est d'abord la Carmen de Peter Diamand [le directeur du Festival d'Édimbourg]. C'est lui qui est venu me voir en me disant que je devais chanter Carmen : " Avant c'était trop tôt ; " après ce sera trop tard. " Et c'est à moi qu'il a demandé de choisir dans des listes de metteurs en scène et de chefs d'orchestre.

 

" Le fond de l'affaire Abbado ? Je ne sais pas. À chacun sa vérité. Mais mes oreilles se rappellent avoir entendu Claudio me dire au téléphone que, s'il ne pouvait venir avec l'orchestre londonien, il dirigerait celui de l'Opéra. Je regrette Claudio ; c'est merveilleux de chanter avec lui : il n'a pas besoin de faire un geste, je sais ce qu'il veut, nos cœurs battent toujours à l'unisson. J'ai accepté quand même de venir à Paris parce que c'était Pierre Dervaux, avec qui j'ai chanté souvent, au Festival d'Aix notamment. Il sent merveilleusement la musique, et il est tellement gentil. Nous avons parlé des heures de Carmen, et c'est comme si nous avions eu une semaine de répétitions...

 

Personnalité et beauté d'âme

 

" Car vraiment cela avait mal commencé : à peine deux répétitions d'orchestre, avec des musiciens qui ne semblaient guère se donner de mal. Sans doute se réservent-ils pour la première... Et puis il y avait sur la scène un haut-parleur d'ambiance qui m'exaspérait. J'ai été obligé de crier et de taper du pied, de menacer de partir pour me faire entendre.

 

" Pourtant, j'adore l'Opéra-comique ; mon émotion était grande de chanter Carmen sur la scène même où elle a été créée. Quel dommage que ce théâtre soit à moitié à l'abandon; il y a de la poussière partout, et le portrait exquis d'Adelina Patti est lacéré. C'est lamentable. Quand on pense au passé de l'Opéra-comique ! "

 

" Ma Carmen, c'est celle de Bizet, bien sûr, et, dans cette partition limpide et merveilleuse, je découvre chaque jour du nouveau; mais c'est aussi celle de Mérimée que j'ai lu et relu. Je suis épouvantée de ce qu'on voit en général dans les théâtres : une vraie prostituée... Mais non, c'est une gitane espagnole, qui travaille, une femme libre et fière, qui veut être à parité avec les hommes. Une vraie révolution en Espagne, où l'on trouvait tout naturel qu'un homme quittât une femme quand il ne l'aimait plus, mais l'inverse, jamais.

 

" Je n'aurais jamais pu jouer Carmen plus tôt avec l'éducation rigoureuse, chrétienne, " espagnole ", de mon temps. Il a fallu que mes filles grandissent, que je réfléchisse sur l'éducation si différente que je leur donnais pour que je me sente capable, et en droit, d'incarner ce personnage de femme, de vraie femme.

 

" J'ai l'impression aujourd'hui seulement d'arriver à maturité. Avant, je n'avais pas le temps : très jeune, j'ai été lancée dans la carrière, j'ai triomphé à Aix-en-Provence, je me suis mariée, j'ai eu des enfants, tout en étant obligée d'entrer dans la peau de tant de personnages, et il m'était impossible de mûrir. Maintenant ça y est, et j'écris même un livre : pas un roman, ni ma vie, mais des réflexions sur ma vie.

 

" Comme je l'ai écrit à Peter Diamand, j'admire en Carmen la sécurité, la force de tempérament, la personnalité et la beauté d'âme qui émanent de cette grande figure. C'est cela que je veux être au théâtre. "

 

Fatiguée Teresa ? Allons donc ! Vive et souple comme un jeune chat, passionnée, craintive, furieuse tour à tour, elle prend feu et flamme, pétille d'intelligence et d'humour, et puis avoue avec une tendre volupté : " J'ai besoin d'affection et de tendresse pour bien chanter. " Car cette Carmen émancipée et moderne, c'est aussi, peut-être d'abord, l'adorable Chérubin qu'elle a cent fois joué (ne parlons pas de Zerline ; elle n'aime pas son rôle dans le film de Losey, alors même qu'elle y a si bien tiré son épingle du jeu).

 

JACQUES LONCHAMPT.

 

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15 mai 2022 7 15 /05 /mai /2022 06:00

Comment le numéro de portable de Macron s'est retrouvé sur Internet - Le  Point

 

Pour ceux qui l’ignorent, ou feignent de l’ignorer, j’ai encore de beaux restes, bien sûr il faut faire vite car bientôt il n’y aura plus que les os à sucer.

 

Mon 06, qui n’a pas changé depuis mon premier Nokia, traine encore dans les allées du pouvoir. Samedi matin, alors que je souhaitais bon anniversaire à choupinette, il s’est mis à greloter. D’ordinaire, je ne décroche pas vu que ce sont des harceleurs qui sont payés pour me vendre tout et n’importe quoi.

 

Là, c’était un autre 06, j’hésite, je clique. C’était lui. Sans détour, dans son style y’a qu’a traverser la route, il me lâche : « Que penses-tu de Catherine Vautrin ? »

 

  • Rien !

 

  • Ne déconnes pas je sais que tu as bossé pour elle...

 

 

NDLR : en privé en politique on se tutoie et on cause trash...

 

  • Puisque tu le sais, tu sais ce que j’en penses... Elle a demandé ma tête à mon boss Bruno Lemaire, alors Ministre de l’Agriculture (voir plus bas)

 

  • Oui, je le sais, tu étais bien libéral à propos des droits de plantation...
  • La bureaucratie syndicale, je connais monsieur le Président de la République et toi, que les Insoumis taxent d’ultra-libéral, tes Ministres de l’Agriculture ont tous été à son service et, je suppose que ça va continuer, faut pas fâcher la FNSEA...

 

  • Que proposes-tu ?

 

  • Rien !

 

  • Pas très positif pour un ancien rocardien...

 

  • Laisses Rocard tranquille dans son cimetière de Monticello...

 

La suite est du domaine connu puisque je lui ai développé mon désir d’une cohabitation que la stratégie de Mélenchon a vendangé en servant de repoussoir pour la droite qui va se jeter dans les bras de la future majorité présidentielle. Le mode de scrutin des législatives ne permet pas de déduire le nombre d’élus en fonction des scores nationaux. Bref, la Le Pen t’a obligé de faire barre à gauche ; Mélenchon t’oblige à faire barre à droite et, Catherine Vautrin, bien plus à droite qu’Edouard Philippe te va bien. Sauf que, le en même temps va bien avoir du mal à se concrétiser.

 

Fin de la séquence, je n’irai sans doute plus jamais traîner mes guêtres à l’Elysée, sauf si j’écris un roman...

 

Les droits de plantation furent, au temps de notre Sarko, faisant le ménage des régulations de la PAC, abolis, la délégation française votant pour.

 

 

 

Le Conseil des ministres en avril 2008, adopta une nouvelle organisation commune du marché (OCM) vitivinicole

 

Publiée au Journal officiel. « Les changements qui seront mis en œuvre permettront d’équilibrer le marché vitivinicole, d’éliminer les mesures d’intervention sur les marchés et leur cortège de coûteux gaspillages, et de réorienter le budget au profit de mesures plus positives et plus proactives de nature à renforcer la compétitivité des vins européens. » Dans ce sens, il est donc prévu d’abolir les droits de plantation avant la fin de 2015. Ceux-ci pourront être maintenus au niveau national jusqu’en 2018. Dès le 1er janvier 2019, tout le monde pourra donc planter de la vigne n’importe où dans l’Union européenne. »

 

 

 

Merci cher Michel Barnier de nous avoir libéré de tous ces carcans bureaucratiques, vive l’air cinglant du grand large ! Par bonheur après votre brillant passage au 78 rue de Varenne vous fûtes libéré de vos attaches nationales pour occuper au sein de la Commission de l’UE le prestigieux poste de Commissaire européen chargé du marché intérieur et des services. Comment chacun le sait cette grande maison est le temple de la dérégulation alors vous devriez vous y sentir à l’aise. Oui mais, patatras, la crise ou les crises bancaires et financières sont passées par là, et il est de bon ton d’entonner des hymnes à la régulation, surtout pour un ex-responsable politique français.

 

Machine arrière toute, sous la pression des chefs du vignoble, champenois en tête, réveillés sur le tard, la France réclame à cor et à cri le maintien des droits de plantation et le Ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, grand libéral, avale son chapeau tout en bottant en touche en confiant à Madame Vautrin, députée de la Marne, une mission sur « les voies et moyens d’une nouvelle régulation » a remis l’ouvrage sur le métier.

 

 

Je fus le porte-plume de madame Vautrin, nous auditionnâmes le ban et l’arrière-ban de la foultitude des zinzins du vin. Ce fut la chambre des lamentations, pas la queue d’une proposition et, lorsqu’il fallut rédiger le rapport de mission je fis part à la missionnaire, qu’en dépit de mon immense capital de créativité juridique, je n’étais pas en mesure de sortir de ma besace un substitut au droit de plantation, soit il y a un droit, soit il n’y en a pas ! Abandonné à mon triste sort de porte-plume je rédigeai un gloubi-boulga dont je n’étais guère fier et le confiai à madame Vautrin qui le posa sur sa pile et l’oublia.

 

Je partis en Corse au mois d’août, un après-midi alors que je crapahutais dans des gorges mon foutu téléphone sonna. Du côté du 78 on s’affolait car le Ministre réclamait le rapport de la missionnaire. Ma réponse fut lapidaire : demandez-lui ! Ce qu’ils firent. Catata, la dame constata l’ampleur du désastre et chercha à m’en faire porter le fardeau, sauf que la messagerie démontrait son incurie. Cet épisode me valut d’être plus encore considéré comme un vilain petit mouton noir. Par bonheur mon nom n'apparaît nulle part sur ce document.

 

VOIR ICI 

Figure historique de la droite, Catherine Vautrin, ex-LR et actuelle présidente du Grand Reims, travaillerait déjà à la formation de son futur cabinet. LP/Arnaud Dumontier

Futur Premier ministre : le nom de Catherine Vautrin parmi les hypothèses pour Matignon ICI
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14 mai 2022 6 14 /05 /mai /2022 06:00

 

 

Pierre Jancou n’est pas un coucou – j’ai entendu, pour la première fois de l’année, le coucou jeudi dernier dans les vignes qui dévalent vers les rives du lac du Bourget, j’avais plein de sous en poche, je vais donc être riche – il n’occupe pas le nid des autres, même si c’est un drôle d’oiseau, notre grand voyageur, nouveau citoyen de Padern, taulier du café des Sports, apprenti vigneron, va et vient dans la France des terroirs, l’autre jour à Banyuls à deux pas de Pax, dimanche à Marseille, et, cerise sur le gâteau, il est au piano avec la belle Jojo qui a un grand chapeau, Johanna Solal, joli patronyme...

 

Pierre Jancou, cuisinier: «Tout ce qui m'ennuyait en Suisse étant jeune  m'attire aujourd'hui» - Le Temps

 

Un tandem d’enfer !

 

Comme de bien entendu, ce tandem de feu va exercer ses talents au SARMENT, à Marseille, midi-minuit, dimanche 15 mai. Je ne sais si Pax va s’y rendre ventre à terre, pour ma part, à mon grand regret, je ne pourrai y aller pour licher des vins nu et croquer de belles carottes et de gros navets des fermes marseillaises tortorées par nos deux larrons.

 

Arrivé à ce stade de ma chronique je suis un peu sec pour broder, le mystère reste entier alors je vous ressors une vieille chronique de derrière les fagots de sarment :

 

9 mai 2010

Marseille : l'OM, ses bars, Nanar le "burné", Dédé, RLD et le millésime 93 ICI 

 

 

La Bonne Mère veut entrer par le balcon.

 

Comme un miroir, le tableau reflète le Vieux-Port, quel est le vrai ?

 

La mer est fraîche, la mer est fresque,

 

Je m’y baignerais si elle n’était pas si haut perchée.

 

La belle bleue, label blues,

 

Charlie Parker se cache dans les bulles de champagne,

 

La statue me regarde, sur la proue de ma caravelle,

 

Je traverse embrumé l’océan éthylique. »

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13 mai 2022 5 13 /05 /mai /2022 06:00

Des célébrités alchimistes - Les Amis d'Hermès

« Nous invoquons une œnologie plus juste, plus raisonnée, et surtout plus humble »

 

Matthieu Dubernet, œnologue

 

Nous de majesté ou expression d’un collectif éprouvant le besoin de corriger – normal pour une profession dont l’essence est d’accompagner, dit-on l’élaboration du vin – une image écornée par l’interventionnisme et la chimie ?

 

Les 20 dernières années furent pour l’œnologie : flamboyantes, sûres d’elles, dominatrices, les winemaker globe-trotter jetaient leurs filets sur le monde des grands vins, haro sur la nature, les médecins du vin « oxygénaient ! », remettaient sur pieds, chassaient en bandes les défauts, formataient.

 

Hors eux point de salut !

 

Je force à dessein le trait pour souligner le caractère tardif du chemin de Damas évoqué par Matthieu Dubernet, que de lazzis, de mépris, d’exclusion m’a-t-il fallu subir de la part des sachants, des vendeurs de poudre de perlimpinpin, excommunication de buveur de vins nu... J’en passe et des pires...

 

Pour autant, je ne me suis jamais rangé dans les chapelles de naturistes sectaires qui ont fait de cette démarche un fonds de commerce, trop de cavistes se prennent pour des pères prêcheurs, mêlant l’insoumission politique à leur prosélytisme, ils m’emmerdent !

 

Mon passé vendéen, de l’humilité à la sauce des curés me font me méfier de ce sentiment où, l’individu qui l’invoque, affirme avoir conscience de ses insuffisances, de ses faiblesses et est porté à rabaisser ses propres mérites...

 

« L'orgueil n'est jamais mieux déguisé que lors qu'il se cache sous la figure de l'humilité. »

François de La Rochefoucauld ; Les réflexions et sentences morales (1665)

 

« L'humilité est un sentiment de l'imperfection de notre être. »

Voltaire ; Le dictionnaire philosophique (1764)

 

Groupe Laboratoires Dubernet | Œnologie | Conseil en vinification | Analyse  du vin | Analyse chimique | Analyse microbiologique

 

Matthieu Dubernet, œnologue expert de l’analyse des vins : « Nous invoquons une œnologie plus juste, plus raisonnée, et surtout plus humble »

Scientifique à la tête du plus gros laboratoire indépendant d’Europe, ICI Matthieu Dubernet revient pour le Figaro Vin sur sa découverte d’une technologie d’analyse microbiologique du vin censée mener à une œnologie plus à l’écoute du vivant.

Par Alicia Dorey

Publié le 09/05/2022

 

 

Président du groupe de laboratoires d'œnologie qui porte son nom – basé en Languedoc et dans la Vallée du Rhône – Matthieu Dubernet est à la fois ingénieur Agronome de l'Agro Paris, titulaire du diplôme national d'Œnologue, ainsi qu'expert dans la délégation française de l'Organisation Internationale de la Vigne et du Vin (OIV). S'il défend l'idée selon laquelle « le grand prodige du vin est d'être le reflet de l'environnement dans lequel il est produit », il entend proposer à travers ses travaux de recherches une approche humaniste de l'œnologie contemporaine. Dans ces lignes, il partage avec le Figaro Vin sa vision d'un métier aujourd'hui profondément transformé par les avancées technologiques, et notamment la microbiologie.

 

LE FIGARO. – Quelle serait votre définition de l’œnologie aujourd’hui ?

 

Matthieu Dubernet. – L’œnologie est une science au service d’un projet presque esthétique, ayant pour objet d'accompagner le vin, qui, ne l'oublions pas, reste un produit issu de la main de l’homme. En ce qui me concerne, je cumule plusieurs métiers qui me permettent une mise en perspective, puisque je suis à la fois œnologue-conseil, mais aussi laborantin, une profession peu connue du grand public.

 

Groupe Laboratoires Dubernet | Œnologie | Conseil en vinification | Analyse  du vin | Analyse chimique | Analyse microbiologique

 

Quel doit être le rôle premier de l'œnologue ?

 

L'œnologie est basée sur l'observation d'une rencontre entre des phénomènes naturels et le savoir-faire humain. En tant qu'œnologue, le premier critère consiste à s'assurer que le vin n’a pas de défaut qui vienne brouiller sa signature organoleptique. Mais il faut faire attention à cette notion de défaut. Certains sont considérés à tort comme une forme de singularité. Il faut par conséquent se méfier des effets de mode, et toujours en revenir au terroir et à l’origine, qui sont les composantes élémentaires de toute singularité. Selon moi, l’authenticité passe par une absence de défaut.

 

 

Malgré ces critères, subsiste-t-il toujours dans le vin une part de mystère ?

 

Le vin est aujourd'hui l'un des produits les plus réglementés et analysés qui soit, car il contient de l’alcool et qu'il est éminemment fragile. Il reste un ensemble de données physicochimiques, mais c'est aussi du vivant, avec une première fermentation alcoolique via les levures, la malolactique via les bactéries, puis les brettanomyces, ces levures qui donnent au vin un goût phénolé. La science nous apprend paradoxalement à être très humble, dans la mesure où certains de ces phénomènes naturels à l'œuvre dans le vin gardent une part de mystère qui nous échappe. Au sein du laboratoire, nous marchons en permanence sur deux jambes : d'une part une science très objective, et d'autre part un savoir très empirique, basé sur l'expérience. Nous revendiquons cette subjectivité.

 

En quoi la microbiologie vient-elle révolutionner l’œnologie ?

 

La suite ICI 

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12 mai 2022 4 12 /05 /mai /2022 06:00

Coup de tête - Jean-Jacques Annaud - Patrick Dewaëre, France Dougnac, Jean  Bouise - Gaumont

Je suis nantais de cœur, j’y ai fait mes études supérieures, mais bien avant cela, je suivais avec passion la vie du FC Nantes, dont le maillot jaune à parements verts les faisait dénommés les Canaris.

 

Le « jeu à la nantaise », a souvent été raillé par les fanas de l’efficacité à tout prix, leur chant « les Canaris sont cuits » n’ont jamais fait dévier de leurs principes les héritiers de José Arribas, Jean-Claude Suaudeau et Raynald Denoueix.

 

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« Dans le football français dans les années 60 qui suivirent la fameuse Coupe du Monde de 1958 où la France de Kopa et de Fontaine se classa 3ième un drôle de bonhomme chauve, discret, un émigré espagnol, José Arribas, tira le FC Nantes de la 2de Division en 62-63 pour conquérir en 64-65 le titre de « champion de France » avec une équipe « sans vedettes » selon des principes nouveaux.

 

« Faire confiance aux hommes, provoquer une crise de conscience chez tous ceux qui ont accepté de le suivre, telle est la ligne de conduite de José Arribas. Pour lui, l’esprit collectif prime tout. Il n’admet pas qu’un joueur puisse profiter du travail des autres, à son seul avantage.

 

José est bien placé pour savoir qu’un être isolé éprouve des difficultés à survivre. L’expérience des Halles de Bordeaux est constamment présente à sa mémoire : sans le soutien des « forts », il n’aurait pu franchir la plus noire période de son histoire.

 

Parce qu’il a vu la force l’emporter sur la loi, dans son propre pays* il exige le strict respect des règlements sur le terrain. Arribas est l’ennemi de la brutalité, du football purement physique. Le mouvement doit se fonder sur l’intelligence. »

 

François Cavil dans L’Évènement  mensuel d’Emmanuel d’Astier N°2 1966

 

La suite ICI 

 

Et puis, le football professionnel est tombé dans les mains des hommes d’affaires, le FCN a connu des jours difficiles avant, qu’à nouveau au bord du précipice, la relégation, le président Kita appelle Antoine Kombouaré, formé au club, pour sauver le navire. Ce qu’il fit, à l’arrache, pour cette saison, avec le même effectif, faire une belle saison en championnat et ramener la Coupe de France à Nantes.

 

Antoine est un kanak, les Canaris aimaient beaucoup les kanaks dont l’un jouera sous le maillot bleu de la première Coupe du monde gagnée par la France : Karembeu.

Laissons les Nantais de côté pour revenir au film de Jean-Jacques Annaud.

Les Guignols de l'info" s'arrêtent : élisez votre réplique préférée

Guy Roux est crédité au générique de Coup de tête (1979), le film culte de Jean-Jacques Annaud L'ancien entraîneur de l'AJA a été conseiller technique et sportif lors du tournage, à l'hiver 78, réalisé en partie à Auxerre.

 

  • Comment avez-vous décroché ce rôle de conseiller sur le film ?

 

Je savais que Jean-Jacques Annaud cherchait un endroit pour tourner un film sur le football. J'ai tout fait pour rencontrer son assistant. J'ai été persuasif. Ils ont finalement choisi Auxerre. Ils m'ont demandé d'être le conseiller technique. J'ai accepté et j'ai mis l'équipe (qui évoluait à l'époque en deuxième division) à disposition de Jean-Jacques Annaud. Les joueurs et les spectateurs qui ont participé étaient bénévoles, y compris moi. Tous les honoraires ont été versés dans la caisse de l'AJA. Je savais qu'on gagnerait de l'argent. On en avait besoin.

 

  • Quel a été votre rôle ?

 

J'ai fait le scénario des images de foot. J'ai essayé d'apprendre à jouer à Patrick Dewaere.

 

  • Vous lui avez donné des conseils ?

 

(Rires) J'ai essayé de lui apprendre à jouer au foot en deux jours. Il avait pris un peu de leçons à Fontainebleau avant de venir. Mais ce n'était pas bien avancé. Dans une scène, il devait marquer du tibia. Malgré mes conseils, Jean-Jacques Annaud voulait répéter sans tourner. Lors de ces répétitions, Patrick Dewaere a marqué en pleine lucarne d'une frappe... du genou. C'était encore mieux que dans le scénario. Mais ça n'a pas été filmé.

 

Coup de tête - Film (1979)

Aujourd’hui c’est « Coup de tête » 1979

 

Pourquoi ce film ?

 

Par ce qu’il est grand temps pour Ciné papy de parler d’un des plus grands acteurs français contemporains. Tout le monde connaît la passion de Ciné papy pour Gérard Depardieu acteur mais ce n’est pas de lui qu’il s’agit. Aujourd’hui place à Patrick Dewaere !

 

Accessoirement, les élections présidentielles sont passées, la reine d’Angleterre, à l’heure où j’écris ces lignes, est toujours de ce monde, le vieil occident s’habitue aux malheurs de l’Ukraine il faut cependant veiller à coller à l’actualité même si c’est par le petit bout de la lorgnette. La coupe du monde de balle au pied au Qatar va bientôt envahir notre quotidien. Dans ce domaine il n’est pas inutile de se pencher sur le petit monde de balle au pied dans la France Profonde

 

Quelle est l’histoire ?

 

Nous sommes à Trincamp, ville où tout est football. François Perrin est ailier dans l'équipe réserve alors que Berthier en est le joueur vedette. Lors d’un entrainement Perrin, dans le strict respect du règlement fait chuter Bertier. Bien que celui-ci n'ait rien, cet incident vaut à Perrin l'exclusion de l’équipe puis très vite l’exclusion de toute vie sociale à Trincamp.

 

Alors qu'il s'apprête à quitter la ville, il devient le coupable idéal pour endosser une tentative de viol. Le dossier semble lourd et il est incarcéré.

 

Au cours d'un déplacement pour un match important de la Coupe de France, le car des joueurs de l'équipe finit dans le fossé après un accident. Après le tri des blessés, consternation, il manque un joueur de qualité. Les stratèges du staff se souviennent soudain de Perrin en taule.

 

Sous la bonne garde des gendarmes qui doivent le ramener en prison après le match, Perrin joue et fait gagner son équipe en marquant les deux buts de la victoire. Il devient ainsi le héros local, et tous ceux qui le méprisaient avant se transforment en flagorneurs serviles, lui offrant primes et cadeaux.

 

La roue tourne, le réprouvé, ce pelé, ce galeux d’où venait tout le mal est la star de la ville.

 

Il est choyé, gâté, il n’y en a que pour lui. (Le directeur de prison refuse de le réincarcérer)

 

Entre temps il a rencontré la victime du viol dont on l’accuse. Les preuves de son innocence et des faux témoignages s’accumulent.

 

Perrin invite à diner les édiles et « gros bonnets » de Trincamp. Il leur met le nez dans la soupe, menace de tout révéler à la presse, s’ils tentent quoique ce soit contre lui mais aussi de prétendre d’avoir été blessé par l’un d’eux ce qui l’empêchera de jouer le match retour.

 

Enfin, il les menaces qui d’emboutir son garage avec la voiture qu’on lui a royalement prêté, qui de péter les vitrines du café dont il a été exclu. À chacun son paquet. Ces messieurs passent la nuit à protéger son bien, à prévenir les dégâts en, par exemple, commandant un jeu de vitrine pour le café.

 

Le lendemain matin, Perrin, se balade en ville et passe sans rien casser devant les commerçants marris. Le garagiste, par exemple, voulant tester la barricade de pneu qu’il a dressé autour de son établissement, défonce lui-même son bâtiment. Le cafetier lui, se retrouve avec un jeu de vitrine inutile.

 

Comme lors de sa première sortie de prison Perrin va rejoindre Stéphanie qui cette fois l’attend. L’affaire s’est éclaircie. Le coupable était Berthier dont les dénégations se sont trouvées étayées par deux faux témoignage.

 

Bien sûr Perrin ne joua pas le match retour.

 

Ah oui, le score ?  Trincamp battu 6/0

 

Réalisation

 

Jean Jacques Annaud

 

Ce producteur, réalisateur et scénariste français est un homme cultivé et érudit diplômé d’histoire médiévale et de préhistoire. Il est aussi sorti major de l’Ecole Louis-Lumière et de l’IDHEC. S’il a débuté derrière la caméra en tournant des spots publicitaires il est, à présent, mondialement connu pour des films à gros budgets, démontrant au cinéma américain que les Français savent faire aussi bien qu’eux si ce n’est souvent mieux. Pourtant son premier long métrage « a Victoire en chantant » 1976 a eu du mal à trouver son public avant d’obtenir en 1977 l’Oscar du meilleur film étranger.

 

Comme toujours, un cinéaste avec un tel succès international est violemment critiqué notamment par le Monde et Libération qui ne le lâchent pas.

 

Aujourd’hui c’est de « Coup de tête » qu’il s’agit, film dont la réalisation lui a été confiée suite à son Oscar.

 

 

Qui fait quoi ?

 

COUP DE TÊTE • Explication de Film

 

Patrick Dewaere :            François Perrin

 

Trente-sept longs métrages et une soixantaine de personnages différents au théâtre, au cinéma et à la télévision durant trente et un ans. Ciné papy ne se sent pas de taille pour établir une fiche de qualité pour ce « monstre sacré » au sens réel du terme et non comme on se plaisait, mi amicalement, mi respectueusement à qualifier un Jean Gabin, un Pierre Brasseur, une Simone Signoret ou Romy Schneider.

 

De toutes façons on ne présente pas Patrick Dewaere. Chacun garde son image préférer cachée entre son cœur et sa mémoire.

 

Contentons-nous, surtout si elle est bien faite, de la note de présentation de l’article que lui consacre Wikipédia. (Neuf chapitres !)

 

Patrick Dewaere est révélé au grand public avec Gérard Depardieu dans le film Les Valseuses en 1974, devenant une valeur montante du cinéma français, tournant pour différents réalisateurs comme Claude Miller, Yves Boisset, Jean-Jacques Annaud, André Téchiné, Alain Corneau, Henri Verneuil ou encore pour son ami Bertrand Blier.

 

Considéré comme un des acteurs les plus brillants de sa génération, son jeu se caractérise par un naturel, une exactitude et une vérité dans les expressions, dans les gestes et dans les attitudes proches de l’Actors Studio, inventives et généreuses, même si à la fin des années 1970 les critiques préfèrent alors les « rondeurs » et le jeu de son alter-ego professionnel, concurrent et ami Gérard Depardieu.

 

Il est ainsi l'un des grands oubliés de la cérémonie des César, jamais récompensé, malgré une nomination comme meilleur acteur dans un second rôle et cinq nominations au César du meilleur acteur.

 

Il se suicide à l'âge de trente-cinq ans !

 

 

France Dougnac :            Stéphanie Lefèvre

 

Petite carrière au théâtre, notamment au TNP, que cependant elle préférait comme à la télévision (15 ans) ou au cinéma ( 20 ans)

 

En 1971, elle devient une vedette de la télévision avec huit adaptions télévisées dans lesquelles elle joue le rôle principal diffusées cette année-là dont « Nausicaa » d'Agnès Varda.

 

Hothead (1979)

 

Jean Bouise :                      Sivardière, le président du club de Trincamp, patron de la plus                   grosse entreprise de la région

 

C’est un des plus grand second rôle du cinéma français. Soixante-seize films (longs métrages) en trente-trois ans, sans compter les courts métrage, la télévision ou le théâtre. Second rôle dont la présence et l’humanité à l’écran peut effacer la prestation d’un acteur de premier plan. Le Taulier affiche régulièrement des hommages à cet acteur qui emporte tous les suffrages des amoureux du cinéma et des acteurs. *

 

Pour son rôle dans « Coup de tête » Jean Bouise obtint le César du meilleur acteur dans un second rôle en 1979

 

* Chroniques des 02/06/2019 , 26/02/17, 06/08/2012 entre autres.

 

Coup de tête - Jean-Jacques Annaud - Patrick Dewaëre, France Dougnac, Jean  Bouise - Gaumont

Michel Aumont :              Brochard, le concessionnaire auto

 

Grand acteur de théâtre, au cinéma il est cantonné dans des seconds rôles de policier pas toujours au carré avec la déontologie. On le trouve notamment au côté de Jean Bouise dans « Mort d’un pourri » 1977 de Lautner. Un de ses plus beaux rôles de flic pourri.

 

Paul Le Person :               Lozerand, le marchand de meubles

 

Cinquante ans de carrière pour cette gueule, elle aussi immédiatement reconnaissable. Il joua tant au cinéma qu’au théâtre réclamé par de grand professionnel. On en a déjà parlé dans la fiche « La vie de château » 1966.

 

 

Corinne Marchand :               Mme Sivardière

 

Corinne Marchand est une actrice et chanteuse française, rendue célèbre par le film d'Agnès Varda : « Cléo de 5 à 7 » 1962. Une beauté réservée un peu intimidante elle figure cependant aux génériques de films de réalisateurs d’envergure. Leconte, Lelouche, Pinoteau , De Broca, Deray, Cukor, Delannoy, Demy, Clement, Clouzot. Encore ?

 

Craignant peut être qu’on ne puisse faire son miel d’une vie d’actrice Corinne Marchand passe un diplômée de l'École d'apiculture de Charenton, et se lance, outre son métier de comédienne, dans la production de miel et en produit plusieurs dizaine de kilos par an.

 

Robert Dalban :                Jeanjean

 

Autre second rôle fameux déjà rencontré à plusieurs reprises dans les fiches de Ciné papy. Rôle majeur dans « Tontons flingueurs » 1963 de Georges Lautner

 

Bernard-Pierre Donnadieu :     Lucien, « la bête »

 

C’est toujours avec tristesse que Ciné papy commence à parler de cet acteur « bourré de talent » selon la formule consacré. Il est mort à soixante et un ans ce qui est jeune, croyez-en un qui passe en revue des dizaines et des dizaines de chronologie du monde du cinéma.

 

Quand vous souviendrez de « L’agent Favre » dans « Le professionnel » 1981 avec Jean Paul Belmondo vous saurez de qui je veux parler.

 

Son visage dur, son regard droit et franc, ses traits tirés et inquiétants lui valent souvent d'incarner le méchant, le hors la loi, le subversif.

 

Ses rôles, bien plus nombreux, au théâtre, sont plus sympathiques

Àson enterrement, Yves Boisset évoqua un personnage qui « ne faisait pas de compromis avec sa passion, ce qui ne lui fit pas que des amis dans ce métier », tandis que Fanny Cottençon a parlé d'un « personnage tendre, que le cinéma français ne méritait pas ».

 

Janine Darcey :                 la secrétaire

 

Marc Allégret  remarque cette jeune actrice et lui offre en 1938 un rôle de jeune première, élève du conservatoire, et héroïne dans le film « Entrée des artistes » où elle donne la réplique à Louis Jouvet, elle obtient pour ce rôle le prix Suzanne-Bianchetti qui récompense la révélation la plus prometteuse de l'année. Pour les pages roses, elle fut mariée Dix ans avec Serge Reggiani

 

Catherine Samie :            Mme Brochard

 

Comme quoi, le talent supplée aisément à un physique ingrat. Et il en faut car au cinéma ou l’on est surtout recruté pour un physique lumineux, il faut, comme dans la vie, de tout pour faire un monde c’est vous dire, encore une fois talent aidant, Catherine Samie peut s’enorgueillir d’une riche carrière surtout au théâtre mais qui laisse aussi la place au cinéma et à la télévision.

 

Dora Doll :                  la religieuse

 

Comme déjà dit dans de précédentes fiches elle s'inscrit comme auditrice au Conservatoire dans le cours dispensé par Louis Jouvet qui la prend en sympathie et chaperonne ses débuts sur scène. Une vie d’actrice pleine de talent comme sa vie privée pleine de grand nom. On la trouve au générique de films parmi les plus glorieux de la production française même si au départ, c’est de la figuration. 1938 « Entrée des artistes de Marc Allégret »

1938 « Hôtel du Nord de Marcel Carné » puis tenant de vrais rôles « Quai des Orfèvres » 1947 d'Henri-Georges Clouzot ou aussi en 1959 « Un témoin dans la ville » d'Édouard Molinaro :

 

Maurice Barrier :            Berri, le patron du café « le Penalty »

 

Comme dit Wikipédia, encore un fameux « second couteau » du cinéma français, notamment dans Le Grand Blond avec une chaussure noire, Deux Hommes dans la ville, Flic Story, La Victoire en chantant, Coup de tête ou Le Retour de Martin Guerre, il joue entre autres aux côtés de Jean-Paul Belmondo, Jean Gabin, Alain Delon, Pierre Richard, Gérard Depardieu et Gérard Jugnot. Après avoir enchaîné grosses productions et films d'auteur comme Rue du départ dans les années 1980, il se fait depuis plus rare au cinéma et meurt en 2020 de la Covid 19

 

Hubert Deschamps :              le directeur de la prison

 

Beaucoup de second rôle au cinéma même si c’était pour des grands metteurs en scène comme Pialat ou Louis Malle. Il n’est pas en reste avec le théâtre, surtout le « boulevard ». Il assure des rôle de « Français moyen » ronchon et bougonnant. Il joue toujours comme si on le dérangeait et qu’il avait autre chose à faire.

 

Il avait démarré dans la vie avec des sketchs joué avec Dufilho.

 

Gérard Hernandez :               l'inspecteur de police

 

Avec sa gueule reconnaissable entre toute, cet acteur français d’origine espagnole totalise, à ce jour, soixante-quinze ans de carrière, au théâtre, au cinéma, à la télévision. Le doublage ne lui fait pas peur. Aujourd’hui il assure un rôle récurrent dans la minisérie « Scène de Ménage » à la télévision.

 

Jean-Pierre Darroussin :    le journaliste Ouest-France

 

Est la première apparition à l’écran de cet acteur qui va finir par afficher une superbe carrière au cinéma.

En 1997, il est récompensé du César du meilleur acteur dans un second rôle pour son interprétation dans « Un air de famille » 1996 de Cédric Klapisch, d'après la pièce de théâtre du même nom d'Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri. Acteur fétiche de Robert Guédiguian, son « premier rôle » au cinéma est celui du « Poulpe » 1998 d’après le roman policier de J.B. Pouy évoqué dans une chronique par le Taulier.

 

Mario David :            le soigneur

 

Plus de quatre-vingts films au compteur de ce second rôle de choix qu’on trouve beaucoup comme interprétant des hommes de mains un peu benêts. Mais rien que pour cela il vaut la peine d’être cité. En effet, il serait dommage de ne pas trouver la réponse à des questions récurrentes telles : « C’est qui le type qui joue à coté de Mario David ? Des fois Belmondo ou Delon ou De Funès…

 

Claude Legros :                 Poilane, le serveur de l'hôtel

 

Quatre-vingt-dix ans au moment de la rédaction de cette fiche. Un bouille pas possible qui ne peut s’oublier et qui fait dire, à chaque fois qu’il parait sur l’écran, tient le voilà. Et cela arrive assez souvent en ce qui le concerne car il collabora avec de grands metteurs français et/ou européens.

 

Bons Moments

 

Le cynisme de Jean Bouise premier employeur local et président du club :  « J’entretiens onze imbéciles pour en calmer huit cents, qui n’attendent qu’une occasion pour s’agiter. »

 

La réflexion de Dewaere quand il apprend qu’il est accusé de viol : « C’est nouveau ça. Déjà qu’avec celles qui veulent bien c’est pas évident… »

 

 

Et si pour une fois on parlait musique

 

Musique de Pierre Bachelet avec un leitmotiv « sifflé » du tonnerre très « J’m’en balance » de la « Fiancée du Pirate » 1969 de Nelly Kaplan avec Bernadette Laffont.

 

Cet air présente une certaine insouciance comme si Perrin, malgré ses mésaventures était au-dessus de toute cette médiocrité.

 

Point de vue personnel

 

Nous autres parents souhaitons tous le meilleur pour nos enfants. Évitons alors de les rêver « géniaux » Le prix à payer est exorbitant. Certes ils pourront accéder à la gloire et en matière de spectacle, réjouir spectateurs fans ou groupies.

 

Ce que nous appelons succès ne sont, pour eux, jamais que des leurres nullement en mesure de réparer la fêlure qu’ils portent en eux. Des succès ? Mais pour combien de souffrance et une vie cabossée qui, souvent, ne mène nulle part.

 

Pax

 

Prochainement « Adieu Poulet »

 

 

 

 

 

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11 mai 2022 3 11 /05 /mai /2022 06:00

POINT DE VUE IMAGES DU MONDE N° 93 DU 16 03 1950: (1950)  Magazine / Periodical | Chapitre.com : livres et presse ancienne

De mon temps, expression favorite du pépé Louis pour critiquer l’irruption de la modernité mécanique en agriculture, ses deux grands bœufs blancs, dans les salles d’attente des arracheurs de dents et autres Diafoirus pour humains et cheptel, il nous était proposé, afin de meubler notre attente, souvent longue, Point de Vue Images du monde.

 

Nos mères étaient people, mais pas dans le vulgaire, les aventures de la princesse Margaret avec Antony Armstrong-Jones ICI  c’était plus classe que les frasques des sœurs Kardashian dans Voici ou Gala.

 

Princesse Margaret et Lord Snowdon, le mariage qui offusquait l'Angleterre  des années 1960

Point de Vue, hebdomadaire dédié à l'actualité des têtes couronnées et du gotha, a été fondé à la Libération. Il a été racheté au bout de quelques années par son concurrent Images du monde. Il a fusionné avec ce dernier et pris le nom de Point de vue Images du monde, qu'il a conservé pendant plusieurs décennies.

 

 

« Stéphane Bern agrandit son empire. Royalement Vôtre, un consortium qui rassemble notamment l'animateur et la holding de la famille Pinault, a racheté l'hebdomadaire des têtes couronnées Point de vue. Altice avait annoncé fin mars le projet de cession du magazine pour recentrer ses activités en presse écrite sur quelques titres, dont les plus emblématiques sont L'Express et Libération.

 

Point de vue, qui avait vu ses ventes chuter en France durant plusieurs années, est parvenu à les stabiliser l'an dernier : elles ont progressé de 0,3% à un peu plus de 152 000 exemplaires en moyenne, selon les chiffres de l'Alliance pour les chiffres de la presse et des médias (ACPM). Ce magazine a la particularité d'avoir de nombreux lecteurs hors de l'Hexagone, avec 41 000 exemplaires vendus à l'étranger en moyenne.

 

Le prince Robert de Luxembourg met en vente 4200 bouteilles de sa cave estimées à 2,65 millions d’euros

Photo : Sebastien Ortola/Pool/ABACAPRESS.COM)

par NICOLAS FONTAINE

 

Sotheby’s organisera le 21 mai une vente aux enchères exceptionnelles à New York. Ce sont 4200 bouteilles appartenant au prince Robert de Luxembourg qui seront mises en vente au profit de sa fondation PolG. Le cousin du grand-duc Henri est connu depuis trente ans comme le prince des Bordeaux, à la tête de plusieurs grands châteaux.

 

Le prince des vins de Bordeaux met en vente des bouteilles de sa cave

 

Le prince Robert de Luxembourg, né en 1968, est le fils du prince Charles, frère du grand-duc Jean et fils de la grande-duchesse Charlotte. Le prince Robert est l’arrière-petit-fils (par sa mère, Joan Dillon, plus tard connue comme la duchesse de Mouchy) du financier américain Clarence Dillon. Ce dernier, œnologue et francophile, avait notamment acheté le Château Haut-Brion.

 

Domaine Clarence Dillon, présidé par le prince Robert de Luxembourg, détient le grand cru classé de Saint-Émilion Château Quintus. L’entreprise possède aussi le restaurant doublement étoilé Le Clarence à Paris.

 

Ce 21 mai, une vente aux enchères aura lieu à New York, tenue par la prestigieuse maison Sotheby’s. Ce sont 818 lots, qui représentent un total de 4200 bouteilles, qui seront mises en vente, annonce Paperjam. Il s’agit principalement de bouteilles appartenant personnellement au prince Robert, d’autres appartiennent à sa famille. La valeur totale est estimée à 2,65 millions d’euros (2,8 millions de dollars).

 

Blagounette à 2 balles : il se peut que si le royaume de France fait accéder Jean-Luc Mélenchon au rang de vassal d’Emmanuel Macron, l’annexion du Luxembourg, après une guerre-éclair, soit l’une des premières actions héroïques de notre Lider Maximo contre les paradis fiscaux.

 

2 septembre 2013 ICI 

 

Le domaine Clarence Dillon, propriétaire de Haut-Brion et Mission Haut-Brion vient d’acheter le château L’Arrosée, grand cru classé, à Saint-Emilion. En 2011, il devenait acquéreur de Terte Daugay, situé juste au-dessus de l’Arrosée et le rebaptisait Quintus. Quand je pense à ces deux crus, je vois la fougue puissante et rustique de la zone de Daugay et la texture plus délicate, mais manquant de puissance, de celle de l’Arrosée.

 

Comment ne pas penser à les assembler ?

 

Alors Quintus, non classé, est-il destiné à se fondre dans l’Arrosée, grand cru classé ?

 

 

Le principe d’absorption en Médoc

 

Ce principe de l’absorption d’un cru par un autre est une réalité historique médocaine qui tend à s’étendre progressivement à d’autres vignobles de Bordeaux au fur et à mesure que l’économie viticole se porte au mieux. Le récent classement de Saint-Emilion (2012) vient de déverrouiller ce qui constituait une des plus fortes différences entre la rive gauche et la rive droite : la préférence du sol et tout le discours vitivinicole attenant pour la rive droite à celui de la marque et de ses exigences commerciales sur la rive gauche.

 

À ce sujet, Philippe Casteja, négociant de longue date à Bordeaux, mais aussi propriétaire sur les deux rives, à Pomerol et Saint-Emilion comme dans les Graves et à Pauillac, est très clair. Le grand cru classé Bergat a disparu pour intégrer le foncier de Trottevieille pourtant d’un rang au-dessus (premier grand cru classé B) parce que « Trottevieille manquait de second vin sur le marché ». Evidemment, rien n’empêche désormais que toutes les vignes de l’ex Bergat rentrent dans l’assemblage de Trottevieille. Comme dégustateur, je ne doute pas que certains lots puissent être du même niveau.

 

 À l’annonce du nouveau classement l’an dernier, je me suis dit que Michel Bécot, décédé il y a peu, devait se retourner dans sa tombe ! En effet, Beauséjour Bécot perdit son rang de premier grand cru classé en 1986 pendant 10 ans pour y avoir intégré le château La Carte. Ses enfants le calmeront en lui chuchotant que le château La Gomerie qui leur appartient, cru non classé, disparaît et se voit officiellement intégré par le miracle d’une nouvelle convention entre les hommes à Beauséjour Bécot. Quel revers de l’histoire ! C’était une autre époque, une autre économie !

 

Magdelaine, premier grand cru classé B, disparaît aussi pour s’intégrer à Belair Monange premier grand cru classé B appartenant au même propriétaire. Cadet Piola disparaît de la carte au profit de son voisin Soutard, grand cru classé comme lui. Les 2 crus appartiennent aux assurances La Mondiale. Matras, grand cru classé, où était fait la surprenante cuvée Hermitage, s’intègre à Canon, premier grand cru classé B qui voit ainsi son patrimoine foncier s’agrandir et s’élever. Enfin, Grand Corbin, récupère Haut Corbin, son voisin grand cru classé du même rang.

 

Même le très exigu Pomerol est concerné. L’Evangile a récemment acquis La Fleur de Gay. Le Pin a manqué la vente de château Guillot, sa vigne mitoyenne, au profit des établissements Jean-Pierre Moueix. J’avoue ne pas savoir si le château Guillot existe encore ou si ce superbe terroir s’est fondu dans un Pomerol déjà existant.

 

L’histoire est donc en marche sous nos yeux et montre que Bordeaux s’adapte en permanence aux marchés. Ces réalités économiques chatouilleront l’imaginaire du vin de ceux qui croient à de belles histoires où l’on paye cher des valeurs pérennes à l’aspect unique dans lesquelles le terroir, la nature, jouent le rôle essentiel. Ah mes amis, le vin ne serait que du vinaigre sans le travail des hommes !

 

Dans la vieille compétition entre le Médoc et Saint-Emilion, le nouveau classement de Saint-Emilion lâche donc la bride à ce vignoble qui a longtemps cherché à se différencier y compris en créant sa propre classification, faite de premiers grands crus classés A et B, puis de grands crus classés, au lieu de reprendre celle du Médoc (ce qui fût plus simple pour les amateurs) où l’on trouve non plus des grands crus classés, mais seulement, si je puis dire, des 1er crus classés, 2ème crus classés, 3ème crus classés, 4ème crus classés et 5ème crus classés. Sans ce débridage et ces avantages fonciers colossaux, Clos Fourtet aurait-il acheté 3 grands crus classés en mars dernier ? Son voisin le château les Grandes Murailles qui le touche, Clos St Martin, un peu plus loin mitoyen de Beausejour Duffau Lagarrosse et Côte Baleau un peu plus bas. Que deviendront-ils ?

 

 

C’est amusant de constater que les Médocains ne veulent pas chez eux du classement révisable chaque dix ans à St Emilion. Ils préfèrent garder leur historique classification de 1855, ne trouvant rien de plus attractif ni de plus glorieux, laissant ceux de « là-bas » à leurs « petites affaires ». Il faut dire que malgré son antériorité de presque mille ans sur le Médoc, le vignoble de Saint-Emilion n’a jamais su s’imposer sur les marchés mondiaux de par son manque de volume. Aujourd’hui encore, lors de la mise en marché en primeur de la nouvelle récolte, le Médoc fixe les prix et Saint-Emilion suit.

 

Alors Quintus intègrera-t-il l’Arrosée ? Les deux propriétés changeront-elles de nom ? Pourquoi pas ? Belair est bien devenu Belair Monange du nom de la grand-mère de Christian Moueix. Une façon de faire qui s’inspire de l’histoire des grands crus médocains. Par le passé les trois nouveaux propriétaires du domaine de Léoville ont bien accolé leur nom à leur nouvel achat : Las Cases et Barton et plus tard Poyferré. Idem pour M Lynch Irlandais qui, au XVIIéme siècle, ajouta son nom à deux crus pour donner Lynch-Bages mais aussi, un peu plus loin, Lynch-Moussas. Etc.

 

Alors que diront les Bordelais et les Français le jour où un dénommé Li ou Chang, homme d’affaires chinois respectable, ajoutera son nom au cru qu’il vient d’acheter ? Les Français qui savent si peu de Bordeaux penseront que leur patrimoine fou le camp. Les Bordelais se réjouiront du cadeau fait à l’égo de ce nouvel investisseur. Il sonne comme une garantie dans cette économie libérale.

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